📰😉🎪 Le Gorafi en papier au Café de la Paroisse : quand la presse satirique ridiculise la presse sans même le faire exprès
📣 Samedi 11 avril 2026, Houdan : Un café et le premier numéro papier du Gorafi. Chronique d’une matinée qui en dit long sur l’état de la presse.
▪️ L’office du samedi matin
▪️ Il est des matins où l’histoire s’écrit dans les cafés. Samedi dernier, au Café de la Paroisse, 66 grande rue à Houdan, j’ai rendu visite à Jean-Pierre Bianchi, chroniqueur historique de Totale Impro 2.0. Cet homme de terrain, habitué des lieux depuis que ses interventions du samedi matin en ont fait une figure du rituel local, célèbre son office dominical avec constance : oreillettes, micro, bonne humeur communicative et café serré.
▪️ Ce matin-là, je n’arrivais pas les mains vides. Dans mes bras, le premier numéro papier du Gorafi, ce pure player satirique né sur internet, donné jusqu’ici gratuitement en version numérique et désormais affiché à 7 euros en kiosque. L’objet a circulé de main en main avec une fluidité déconcertante. Avant même que j’aie eu le temps de le poser sur le zinc, un client à l’autre bout de la salle en lisait déjà un, religieusement, comme s’il s’agissait du Monde diplomatique. L’invasion avait pris de l’avance sur moi.
🔹 Le contre-pied du siècle
▪️ Il faut mesurer ce que représente ce retournement pour comprendre le malaise qu’il génère dans certaines rédactions. La presse traditionnelle, celle qui depuis vingt ans se débat dans sa mue numérique avec l’élégance d’un sanglier apprenant le crawl, a passé des années à nous expliquer que l’avenir était sur les écrans, que le papier avait fait son temps.
▪️ Et voilà qu’un journal satirique, né sur internet, décide de faire exactement l’inverse : imprimer, distribuer et facturer le triple du prix d’un hebdomadaire classique.
▪️ 7 euros contre 2. Le positionnement est assumé, presque provocateur. Le Gorafi ne cherche pas à concurrencer la presse sur son terrain ; il l’enjambe avec nonchalance et s’installe dans les kiosques comme de rien n’était.
🔹 La barre était basse. Le Gorafi l’a vue.
▪️ Je peux me permettre cette critique parce que je soutiens la presse en général et la presse locale en particulier depuis longtemps. Depuis le lancement de Totale Impro 2.0 en 2022, chaque émission ou presque a affiché des couvertures de journaux régionaux face caméra : Toutes Les Nouvelles, Le Parisien, L’Écho Républicain, Le Courrier des Yvelines, Le Républicain de l’Essonne, Paris-Normandie. J’ai incité à acheter, à lire, à soutenir. Cela m’autorise à dire la vérité sans trembler.
▪️ La voici : à force de s’abreuver de faits divers anodins et de commémorations que plus personne ne se souvient d’avoir vécues, la presse locale a tellement abaissé sa ligne de flottaison qu’un journal qui invente ses informations passe désormais pour un média sérieux. Ce n’est pas le Gorafi qui a creusé le fossé. C’est lui qui, avec un certain culot, a décidé d’y planter un drapeau.
🔹 La question des aides : l’éléphant dans le kiosque
▪️ Reste une question que peu osent poser franchement, et qui mérite pourtant d’être posée. Toute la chaîne de la presse papier est soutenue, à chaque étage, par des fonds publics : à la rédaction, à l’impression, à la distribution. Ces dispositifs existent depuis bien avant l’ère numérique et ont survécu à toutes les réformes. Le Gorafi, désormais présent dans les kiosques, bénéficie probablement de tout ou partie de cet écosystème d’aides.
▪️ C’est là, plus que dans le prix au numéro, que se situe l’irritant profond pour certains éditeurs. Pas la concurrence éditoriale, ils savent qu’ils ne font pas le même journal. Mais la perspective de partager la même manne publique avec un média qui se moque ouvertement des codes du genre : voilà ce qui fait sursauter dans les fauteuils.
▪️ Je les comprends. Je ne leur donne pas forcément tort sur ce point précis. Mais je leur suggère, à titre amical, de se poser une autre question : si leur propre lectorat préfère payer 7 euros pour lire de fausses nouvelles bien écrites plutôt que 2 euros pour lire les vraies mal racontées ou mal présentées, peut-être que le problème n’est pas entièrement au Gorafi.
💬 Épilogue
⚡ Le Café de la Paroisse, en face de l’église, à deux pas du Donjon : un lieu où les journaux, vrais ou satiriques, circulent encore de main en main. Ce n’est pas rien.
✍️ Jean-Pierre Morvan Animateur & Fondateur
GSO Parisien News · Totale Impro 2.0 · Numericus.io
📷 Crédit photo : Jean-Pierre Bianchi & Jean-Pierre Morvan 🔗








